Le 22 février 2023, Le Figaro a rapporté la réduction du projet industriel Hy2gen à Gardanne : l’unité de carburants renouvelables envisagée sur l’ancien site charbonnier devait passer d’un budget de 460 à 250 millions d’euros et abandonner la production de méthanol. Cette évolution résume le virage complexe de la centrale thermique de Provence, implantée entre Gardanne et Meyreuil : fermer une installation fondée sur le charbon provençal, préserver un tissu industriel et inventer une reconversion énergétique acceptable dans un territoire déjà exposé à la pollution.
La cheminée de 297 mètres domine toujours le bassin minier. Elle rappelle l’histoire du lignite, des mineurs et d’une industrie énergétique qui a longtemps structuré la vie locale. Le charbon a disparu des chaudières, mais son héritage social, foncier et environnemental reste présent. La biomasse, les projets de carburants d’aviation et les débats sur l’approvisionnement en bois placent désormais Gardanne au cœur d’une transition écologique qui ne se limite pas au remplacement d’un combustible par un autre.
En bref
- La centrale thermique de Provence a été associée pendant des décennies au charbon provençal et à l’activité minière locale.
- L’arrêt de l’unité charbon a entraîné une forte réduction des effectifs et plusieurs années de conflit social.
- La tranche biomasse affiche une puissance de 150 MW, contre 600 MW pour l’ancienne installation charbonnière.
- Le plan d’approvisionnement prévoit jusqu’à 450 000 tonnes de bois par an, dont une partie issue de résidus et de bois de fin de vie.
- Le projet Hy2gen a été redimensionné autour de carburants renouvelables destinés à l’aviation.
- La reconversion reste contestée sur le coût public, la pollution atmosphérique et la pression sur les massifs forestiers.
La centrale thermique de Gardanne et l’héritage du charbon provençal
La centrale thermique de Gardanne ne peut pas être racontée sans évoquer le lignite de Provence. Pendant une grande partie du XXe siècle, le bassin de Gardanne-Meyreuil a vécu au rythme des puits, des convoyeurs et des installations de production électrique. La fermeture des mines de lignite en 2003 avait déjà laissé une empreinte profonde sur l’emploi local. La centrale est alors devenue l’un des derniers grands marqueurs industriels de cette histoire, avec sa silhouette visible depuis de nombreux axes des Bouches-du-Rhône.
Le charbon provençal n’était pas seulement un combustible. Il représentait un système économique complet, associant extraction, transport ferroviaire, maintenance industrielle, sous-traitance et emplois qualifiés. La ville de Gardanne, qui compte environ 21 000 habitants, a connu plusieurs phases de transformation brutale. La disparition des mines a d’abord imposé une réorganisation du territoire. L’arrêt progressif du charbon a ensuite rouvert la question du maintien d’une activité productive sur un site doté de réseaux électriques, d’accès logistiques et de compétences techniques rares.
La fermeture des centrales à charbon françaises s’inscrit dans la réduction de l’usage d’une énergie fossile fortement émettrice de dioxyde de carbone. Le charbon libère aussi des polluants atmosphériques : particules fines, oxydes d’azote, dioxyde de soufre et métaux lourds, selon la qualité du combustible et les dispositifs de filtration. Dans une zone déjà concernée par les émissions liées aux transports, aux activités portuaires de Fos-sur-Mer et aux installations industrielles, cette question de pollution a pris une dimension sanitaire et territoriale.
La loi Énergie et Climat, adoptée en 2019, a fixé une trajectoire de baisse de la consommation d’énergies fossiles et a accompagné la fermeture des dernières centrales françaises alimentées au charbon. Le calendrier national n’a pourtant pas effacé les réalités locales. Une centrale ne se ferme pas comme un commerce : ses salariés disposent de métiers spécifiques, les machines nécessitent des opérations de mise en sécurité et les terrains industriels appellent un usage futur cohérent avec les contraintes environnementales.
Gardanne concentre donc un paradoxe. Le site possède les infrastructures d’une ancienne économie carbonée, mais il est aussi considéré comme un emplacement stratégique pour des projets liés aux énergies renouvelables et aux carburants bas carbone. Cette situation explique la densité des débats publics. Les habitants demandent des garanties sur l’air, l’eau, le bruit et les transports routiers. Les salariés défendent des emplois industriels pérennes. Les associations réclament une transition écologique mesurable, fondée sur des bilans complets et accessibles.

Fermeture du charbon à Gardanne : emplois, conflits sociaux et reconversion énergétique
Le passage du charbon à d’autres activités a d’abord été vécu comme une crise de l’emploi. La fermeture de l’ancienne unité charbon a supprimé 98 postes sur un effectif qui comptait 180 salariés. Cette annonce a déclenché un conflit social long, avec des mobilisations et un arrêt prolongé de l’installation. Le traumatisme était d’autant plus fort que le territoire avait déjà subi la fin de l’exploitation minière. Dans ce contexte, chaque promesse de reconversion est examinée à l’aune des emplois réellement créés et des qualifications demandées.
Le Figaro indiquait, le 22 février 2023, qu’un accord signé entre l’État, GazelEnergie et les partenaires sociaux prévoyait l’embauche de huit salariés ainsi que la reconversion progressive de 26 autres personnes sur l’activité biomasse. Ces chiffres montrent les limites d’une conversion industrielle : une unité moins puissante et davantage automatisée ne reproduit pas mécaniquement les effectifs d’une centrale charbonnière. Les métiers de conduite, de maintenance, de sécurité et de gestion des flux restent nécessaires, mais les besoins évoluent.
La centrale biomasse constitue une réponse industrielle partielle. Sa puissance annoncée de 150 mégawatts reste très inférieure aux 600 MW de l’ancienne installation au charbon. Cette réduction modifie la place du site dans le réseau électrique régional. Elle limite aussi l’ampleur des approvisionnements et des émissions associées à la combustion. L’installation demeure toutefois une centrale thermique : elle produit de l’électricité en brûlant une matière, avec des chaudières, des systèmes de traitement des fumées et une logistique lourde.
La notion de reconversion énergétique recouvre donc plusieurs réalités. Elle implique d’abord de maintenir une partie des compétences industrielles présentes sur place. Elle suppose aussi de financer la remise à niveau des équipements et de former les salariés aux nouvelles chaînes de production. Enfin, elle oblige à établir un dialogue durable avec les communes voisines. Les emplois directs sont visibles, tandis que les emplois indirects concernent les transporteurs, les entreprises de maintenance, les fournisseurs de bois, les bureaux d’études et les services portuaires.
La situation de Gardanne illustre une difficulté fréquente de la transition écologique : l’objectif climatique est largement partagé, mais les modalités concrètes déterminent son acceptation. Une fermeture sans activité de remplacement alimente l’impression d’abandon industriel. À l’inverse, un projet de substitution mal encadré peut déplacer les impacts vers la forêt, les routes ou les finances publiques. Le suivi des emplois, des formations et des contrats de sous-traitance doit donc faire partie des indicateurs publics du site.
Centrale biomasse de Gardanne : bois, pollution et limites du développement durable
La biomasse est souvent présentée comme une source d’énergie renouvelable, car le bois peut être reconstitué par la croissance forestière. Cette définition ne dispense pas d’un examen précis des volumes utilisés, de leur origine et du temps nécessaire au renouvellement des peuplements. Une centrale thermique alimentée au bois émet du dioxyde de carbone lors de la combustion. Son bilan dépend ensuite de la gestion forestière, des distances de transport, du séchage, de la nature des déchets utilisés et de la capacité des forêts à absorber du carbone.
Le plan d’approvisionnement évoqué pour Gardanne prévoit jusqu’à 450 000 tonnes de bois par an. Il comprend 60 000 tonnes de bois de fin de vie ou de déchets, 150 000 tonnes de bois importé et 240 000 tonnes de ressources situées dans un rayon de 240 kilomètres. Cette répartition éclaire l’enjeu principal : une partie du combustible provient de résidus, mais le volume total reste considérable pour un bassin forestier méditerranéen soumis à la sécheresse, aux incendies et aux maladies.
Les défenseurs de la filière avancent que l’utilisation de sous-produits de scieries, de palettes, de mobilier déclassé et de résidus d’élagage peut soutenir une économie circulaire. Les exploitants mettent également en avant les coupes d’entretien, destinées à réduire la masse combustible dans certains secteurs exposés au feu. Ces arguments ne peuvent être évalués qu’avec une traçabilité détaillée. Le public doit savoir quelle part du bois provient réellement de déchets, quelle part est issue de coupes forestières et quels itinéraires sont empruntés par les camions.
La question de la pollution demeure distincte du débat climatique. Brûler du bois peut générer des particules, des oxydes d’azote et d’autres composés qui exigent des équipements de filtration performants. Les mesures de rejets doivent être publiées et comparées aux seuils réglementaires. Le suivi doit aussi inclure les consommations d’eau, les rejets dans le canal de Provence et les nuisances logistiques. Une activité classée industrielle impose des contrôles réguliers, compréhensibles par les riverains.
La Cour des comptes, dans son rapport sur la fermeture des centrales à charbon publié le 25 février 2025, a mis en cause le niveau de soutien public accordé à la reconversion biomasse de Gardanne. Le rapport nourrit une critique centrale : l’argent public consacré à la production électrique doit être confronté aux gains climatiques et aux effets écologiques concrets. À Gardanne, le développement durable ne peut être invoqué sans données ouvertes sur le bois, les émissions, les coûts et les résultats obtenus.
Hy2gen à Gardanne : carburants renouvelables et changement d’échelle du projet
Le projet porté par Hy2gen a proposé une seconde voie pour le site : produire des carburants renouvelables destinés à l’aviation à partir d’hydrogène vert et de biomasse. L’idée répond à une difficulté majeure du transport aérien. Les avions long-courriers ne peuvent pas compter à court terme sur une électrification complète, ce qui rend les carburants de synthèse et les carburants durables particulièrement recherchés. Gardanne dispose d’un foncier industriel déjà raccordé à des infrastructures énergétiques, ce qui a soutenu l’intérêt pour cette implantation.
La version initiale incluait une production de méthanol qui devait notamment viser les usages maritimes liés aux ports de Marseille-Fos et de Toulon. Après la concertation publique, Hy2gen a abandonné cette composante et a recentré son dossier sur le kérosène renouvelable. Le changement avait une conséquence réglementaire importante : l’unité n’était plus annoncée avec le classement Seveso envisagé dans la première mouture. Les préoccupations des habitants portaient notamment sur les risques industriels et sur l’installation d’une torchère.
La capacité annoncée a été réduite de 100 000 à 50 000 litres de kérosène par jour. Cette baisse doit diminuer les besoins en matières premières et l’empreinte logistique du projet. Elle réduit également le montant de l’investissement, ramené à 250 millions d’euros. Pour le territoire, cette modification change l’équilibre entre ambition industrielle et acceptabilité locale. Une usine plus compacte représente un volume de production inférieur, mais elle peut limiter certains impacts associés à l’approvisionnement et au traitement des matières végétales.
Les résidus agricoles pourraient jouer un rôle important : noyaux d’olives, ceps de vigne et autres matières végétales non alimentaires étaient cités parmi les pistes retenues. Leur intérêt dépend de la disponibilité réelle, de la saisonnalité et du coût de collecte. Ces ressources sont dispersées sur le territoire. Les transformer en carburant nécessite des filières organisées, des plateformes de stockage et des transports. Le bilan environnemental doit intégrer chaque étape, depuis la collecte jusqu’à l’expédition du produit fini.
L’entreprise avait évoqué une mise en service pour la fin 2028 et environ 50 emplois directs, avec 200 emplois indirects. Ces objectifs restent liés aux autorisations, aux études de faisabilité, au financement et à la sécurisation des approvisionnements. La présence conjointe d’une centrale biomasse et d’une unité de carburants renouvelables ferait de Gardanne un site hybride, où la reconversion énergétique associe production d’électricité, traitement de biomasse et industrie des carburants bas carbone.
Avenir de la centrale thermique de Provence : conditions d’une transition écologique crédible
L’avenir de Gardanne dépend d’abord de la qualité du contrôle public. Le site doit produire des données suivies sur les tonnages reçus, la provenance des matières, les émissions atmosphériques, les consommations d’eau et les mouvements routiers. Des documents techniques inaccessibles ne suffisent pas dans un secteur où la confiance a été fragilisée par les conflits sociaux et les recours juridiques. Les collectivités, les associations, les salariés et les habitants doivent pouvoir comparer les engagements initiaux avec les résultats observés.
Le choix des combustibles reste déterminant. Les résidus de scieries, les palettes et le bois de fin de vie ne présentent pas les mêmes enjeux que des arbres directement prélevés en forêt. Les matériaux traités doivent être triés pour éviter l’introduction de substances indésirables dans la combustion. Les prélèvements forestiers exigent, eux, une cartographie claire des zones fournissant la centrale. Les espaces Natura 2000, les secteurs fragiles et les forêts soumises à un risque d’incendie demandent une vigilance particulière.
La reconversion ne doit pas effacer la mémoire ouvrière du site. Une ancienne centrale charbonnière rassemble des compétences dans l’exploitation d’équipements complexes, la mécanique, l’électricité haute tension, l’automatisme et la sécurité. Ces savoir-faire peuvent être transférés vers des installations de valorisation énergétique, de traitement de déchets, de production d’hydrogène ou de carburants renouvelables. Les formations doivent être définies avec les salariés et les établissements d’enseignement du territoire, afin d’éviter que les nouveaux emplois bénéficient surtout à des recrutements extérieurs.
Le débat financier mérite la même transparence. Les contrats de soutien à l’électricité biomasse, les subventions éventuelles, les coûts de raccordement et les dépenses liées aux infrastructures doivent être rendus lisibles. Une politique de transition écologique solide se mesure aussi à son efficacité économique. Les pouvoirs publics doivent comparer le coût de l’électricité produite, les émissions évitées, la qualité des emplois créés et les effets sur les ressources forestières. Cette méthode permettrait de sortir des déclarations générales.
Gardanne conserve un atout concret : le territoire possède une tradition industrielle, des réseaux et une main-d’œuvre qui connaît les contraintes d’une grande installation énergétique. Le risque principal réside dans une reconversion menée par empilement de projets sans cohérence globale. Un programme industriel unique, doté d’objectifs vérifiables sur l’emploi, l’air, le bois et les financements, donnerait au site une direction plus robuste et plus compréhensible pour les habitants.
| Élément du site | Valeur ou capacité | Donnée opérationnelle | Enjeu principal |
|---|---|---|---|
| Ancienne unité charbon | 600 MW | Fermée à la fin de 2020 | Sortie de l’énergie fossile |
| Unité biomasse | 150 MW | Production électrique à partir de bois et résidus | Traçabilité des approvisionnements |
| Approvisionnement biomasse | 450 000 tonnes par an | Bois local, bois importé et bois de fin de vie | Pression forestière et transport |
| Projet de carburants renouvelables | 50 000 litres par jour | Kérosène issu d’hydrogène vert et de biomasse | Faisabilité industrielle et acceptation locale |
On en dit quoi ? La reconversion de la centrale thermique de Gardanne est nécessaire, car le retour au charbon provençal n’a ni justification climatique ni perspective industrielle. La biomasse ne peut conserver une place sur le site qu’avec une traçabilité publique stricte et des volumes compatibles avec la protection des forêts méditerranéennes. Le projet de carburants renouvelables apparaît plus cohérent avec la vocation industrielle de Gardanne, mais il devra prouver que ses matières premières, son hydrogène et ses émissions tiennent réellement les promesses annoncées. L’enjeu local reste l’emploi durable, sans déplacer la pollution ou les coûts vers d’autres territoires.
Pourquoi la centrale de Gardanne a-t-elle abandonné le charbon ?
La fermeture s’inscrit dans la politique française de sortie du charbon, combustible très émetteur de dioxyde de carbone et de polluants atmosphériques. L’ancienne unité charbon a cessé son activité à la fin de 2020, ouvrant une phase de reconversion industrielle du site.
Quelle est la puissance de la centrale biomasse de Gardanne ?
La tranche biomasse de la centrale thermique de Provence affiche une puissance de 150 MW. L’ancienne installation alimentée au charbon atteignait 600 MW, ce qui illustre la réduction d’échelle opérée lors de la reconversion énergétique.
Quels matériaux peuvent alimenter la centrale biomasse ?
Le plan d’approvisionnement mentionne du bois local, du bois importé, des résidus issus de l’industrie du bois et du bois de fin de vie, comme des palettes ou certains meubles. La composition réelle des apports doit être contrôlée afin de garantir la qualité du combustible.
Que prévoit le projet Hy2gen à Gardanne ?
Hy2gen projette une unité de production de carburants renouvelables pour l’aviation, fondée sur l’hydrogène vert et la biomasse. Le projet a été réduit à une capacité annoncée de 50 000 litres de kérosène par jour et a abandonné sa composante méthanol.
Photographe documentaire et rédacteur indépendant basé à Marseille, je capture l’âme des Bouches-du-Rhône à travers mes images et mes mots. Passionné par les histoires locales, je mets en lumière la richesse culturelle et sociale de cette région unique depuis plus de vingt ans.



